07 mars 2005
Pas sûr que ça valait la peine...
07 février 2005
La dispute -- Marivaux (2)
Comédie en un acte, représentée pour la première fois par les Comédiens Français, le 19 octobre 1744.
Afin de connaître qui, de l'homme ou de la femme, fut à l'origine de l'infidélité, le prince d'un royaume imaginaire se livre à une bien curieuse expérience. Quatre enfants, deux garçons (Mesrin et Azor) et deux filles (Adine et Églé), sont élevés loin de toute civilisation, en des maisons séparées, de sorte qu'ils ne se sont jamais vus.
Dix-huit ans ont passé, et le rideau se lève : « On peut regarder le commerce qu'ils vont avoir ensemble comme le premier âge du monde ; les premières amours vont recommencer, nous verrons ce qui en arrivera »...
Librio, n° 477 (2,00 €)
La scène précédemment postée relate la première rencontre entre les deux garçons. Voilà ce que je vais travailler pendant les prochaines semaines (j'ai le rôle de Mesrin). Ne demandez pas : il n'y aura pas de représentation !
La Dispute -- Marivaux
SCÈNE 13
MESRIN, AZOR
MESRIN, les premiers mots seul, répétant le portrait.
Une couleur ni noire ni blanche, une figure toute droite, une bouche qui parle... où pourrais-je la trouver ? (Voyant Azor.) Mais j'aperçois quelqu'un, c'est une personne comme moi, serait-ce Églé ? Non, car elle n'est point difforme.
AZOR, le considérant.
Vous êtes pareille à moi, ce me semble ?
MESRIN
C'est ce que je pensais.
AZOR
Vous êtes donc un homme ?
MESRIN
On m'a dit que oui.
AZOR
On m'en a dit de moi tout autant.
MESRIN
On vous a dit : est-ce que vous connaissez des personnes ?
AZOR
Oh ! oui, je les connais toutes, deux noires et une blanche.
MESRIN
Moi, c'est la même chose, d'où venez-vous ?
AZOR
Du monde.
MESRIN
Est-ce du mien ?
AZOR
Ah ! je n'en sais rien, car il y en a tant !
MESRIN
Qu'importe ? votre mine me convient, mettez votre main dans la mienne, il faut nous aimer.
AZOR
Oui-da, vous me réjouissez, je me plais à vous voir sans que vous ayez de charmes.
MESRIN
Ni vous non plus ; je ne me soucie pas de vous, sinon que vous êtes bonhomme.
AZOR
Voilà ce que c'est, je vous trouve de même, un bon camarade, moi un autre bon camarade, je me moque du visage.
MESRIN
Eh ! quoi donc, c'est par la bonne humeur que je vous regarde ; à propos, prenez-vous vos repas ?
AZOR
Tous les jours.
MESRIN
Eh bien ! je les prends aussi ; prenons-les ensemble pour notre divertissement, afin de nous tenir gaillards ; allons, ce sera pour tantôt : nous rirons, nous sauterons, n'est-il pas vrai ? J'en saute déjà.
Il saute.
AZOR, il saute aussi.
Moi de même, et nous serons deux, peut-être quatre, car je le dirai à ma blanche qui a un visage : il faut voir ! ah ! ah ! c'est elle qui en a un qui vaut mieux que nous deux.
MESRIN
Oh ! je le crois, camarade, car vous n'êtes rien du tout, ni moi non plus, auprès d'une autre mine que je connais, que nous mettrons avec nous, qui me transporte, et qui a des mains si douces, si blanches, qu'elles me laisse tant baiser !
AZOR
Des mains, camarade ? Est-ce que ma blanche n'en a pas aussi qui sont célestes, et que je caresse tant qu'il me plaît ? Je les attends.
MESRIN
Tant mieux, je viens de quitter les miennes, et il faut que je vous quitte aussi pour une petite affaire ; restez ici jusqu'à ce que je revienne avec mon Adine, et sautons encore pour nous réjouir de l'heureuse rencontre. (Ils sautent tous deux en riant.) Ha ! ha ! ha !